Va-t-on vers une forme larvée de la reconnaissance des médecines alternatives ?
Nous avons eu l’occasion de signaler dernièrement sur le site Internet votresante.com la parution d’articles concernant les pratiques alternatives en milieu hospitalier. Même s’il ne s’agit pas à proprement parler d’une grande nouveauté, il était intéressant de relever que le recours à certaines de ces pratiques ne relevait plus d’un acte quasi illégal mais bien d’une conception thérapeutique qui englobe, si besoin est, l’appel à des pratiques thérapeutiques encore souvent hétérodoxes : ainsi l’acupuncture, l’homéopathie, l’auriculothérapie, l’ostéopathie, la sophrologie, l’hypnose trouvent progressivement leur place comme solutions thérapeutiques alternatives au côté ou parfois à la place de thérapies habituelles devenues moins efficaces, au cours de traitements prolongés en particulier. Bien sûr, ces prescriptions atypiques se font à l’initiative de médecins et de sages-femmes convaincus des effets attendus, mais il ne faut pas bouder son plaisir en se remémorant tous les obstacles qui furent mis sur ce chemin difficile.
En effet, les situations pathologiques prises en charge à l’hôpital se caractérisent par leur gravité et le coût toujours plus élevé de leur diagnostic et de leur traitement. C’est donc avec la plus grande prudence que l’on doit suivre et encourager ces démarches encore isolées, mais qui confirment ce que d’autres ont observé dans d’autres pays ou d’autres circonstances : certaines pratiques dites “non conventionnelles” sont susceptibles d’apporter un plus aux traitements habituels, en particulier dans le champ de la douleur et dans celui des effets secondaires indésirables de certains traitements (on pensera au soulagement de certaines chimiothérapies anticancéreuses). Les Américains, qui nous ont devancés en la matière, ont mis en place, depuis plus de dix ans dans le cadre des NIH (National Institutes of Health), leur organisme de contrôle du système de santé, une agence des médecines alterna-tives et complémentaires, très officiellement financée par le Congrès. Cette agence sous-traite contractuellement avec des établissements de soins, académiques ou non, des évaluations comparatives à pathologies identiques, de diverses pratiques alternatives en complément ou en remplacement des thérapeutiques habituelles. Les résultats ont souvent été très intéressants, aussi bien en matière d’efficacité que de coût du traitement et d’effets secondaires indésirables.
Les autorités françaises sont moins audacieuses et restent fortement parasitées par les actions souvent intempestives des organismes et des missions chargés de débusquer les mouvements sectaires. Avec une juvénilité et une candeur incroyables, ces organismes ont pris pour habitude de tout mélanger et de soupçonner la moindre pratique alternative d’appartenir à une obédience occulte non reconnue en France. Que l’Eglise de scientologie soit soupçonnée d’être une secte, c’est bien possible, mais la pratique de la généralisation fait basculer tous ces braves gens dans un sectarisme tout aussi dangereux. Prétendre que l’acupuncture, l’homéopathie, l’ostéopathie, et j’en passe, relèvent de pratiques sectaires, tout comme la psychanalyse ou la sophrologie, dénote une grave atteinte de l’intégrité mentale de ces bruyants affidés qui ne veulent même pas voir à qui leurs anathèmes profitent.
Pendant ce temps, le Conseil national de l’ordre des médecins, qui n’en est pas à un anachronisme près, laisse, à longueur de colonne de son bulletin du mois d’avril 2008, des pasionarias de la lutte contre les sectes jeter leurs invectives contre les médecines qui ne leur plaisent pas, tandis qu’un olibrius prétendument compétent disserte à perte de vue sur les “pseudo-médecines” alors qu’il n’y connaît exactement rien. Ne manque plus que l’éternelle Académie de médecine dont les avis sur les médecines alternatives sont d’autant plus péremptoires et recherchés qu’ils émanent d’une autorité qui n’y connaît que dalle.
Malgré ces vents contraires, les pages se tournent qui apportent de l’eau au moulin de ces pratiques : la loi sur le droit des malades de mars 2002, dite loi Kouchner, reconnaît explicitement le droit à recourir aux pratiques ostéopathiques et chiropraticiennes. Plusieurs décrets publiés en 2007 ont précisé les modalités de reconnaissance des ostéopathes et des chiropraticiens en exercice, qu’ils soient ou non médecins. A la fin de l’année 2008, ces pratiques auront presque pignon sur rue. Je dis “presque” parce que, très curieusement, les textes législatifs et réglementaires permettent, par une interprétation excessive, sinon abusive, de dénier à ces pratiques, si efficaces pour des situations pathologiques déterminées, le statut de professions de santé. Comme le ridicule ne tue plus personne depuis bien longtemps, c’est le ministère chargé de la Santé qui est prié de gérer ces professions bien qu’elles ne soient pas de santé. Au fou… !
Nous devons donc marquer malgré tout d’une pierre blanche ces dernières années qui ont vu émerger, à plusieurs niveaux des pratiques médicales, une forme de reconnaissance de facto de ces médecines que nul ne voulait voir.
Dans un prochain éditorial, nous évoquerons le remarquable travail entrepris par différentes mutuelles pour forcer le destin dans ce secteur.
Pierre CORNILLOT
Pierre Cornillot est médecin, professeur de médecine et biologiste hospitalier. Il a fondé la faculté de santé, médecine et biologie humaine de Bobigny, dont il a été le doyen de 1968 à 1987. Il a présidé l’université Paris-Nord (1987-1992), puis a créé et dirigé l’IUP Ville et Santé sur le campus de Bobigny (1993-2001). Il est président de l’association Santé internationale. Après s’être investit parallèlement dans des actions d’aide au développement des pays du Sud, il se préoccupe aujourd’hui de la rédaction d’ouvrages sur la santé et la formation médicale, le système de santé et la recherche.
Vous pouvez vous procurer le n° 106 d'août 2008 chez les marchands de journaux ou en envoyant un chèque de
4,90 euros (précisez au dos du chèque n° 106) au journal
"Votre santé", 44, bd de Magenta, 75010 Paris.Si vous ne trouvez pas ce numéro, le meilleur service que vous pouvez nous rendre est d'insister auprès de votre marchand de journaux pour qu'il le commande. Donnez-lui la référence M06208 - 106 indiquée au-dessus du code barre.