Jeudi 11 Mars 2010
N° 125 - Mars 2010
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Carabine et fleurs fanées
Carabine et fleurs fanées, tel est le programme onirique d’Evelyne, employée dans une pharmacie, la quarantaine, divorcée et raffinée – à la lecture de son rêve :
“Je rentre chez moi. Mon patron et mon fils viennent m’apporter des fleurs pour mon anniversaire. Mon fils me dit : “Je suis venu pour apprendre à tirer à la carabine, pour tirer sur les geais.” Mon patron le lui avait appris.”
Evelyne voit dans le rêve une volonté de reconnaissance : on lui offre des fleurs pourpres - sa couleur favorite - qui remplacent les fleurs fanées (glaïeuls, roses) de même couleur. “Le rêve est dans la tonalité de ce que je vis, mais pourquoi tirer sur les geais ?” Le geai, oiseau noir au bec coloré, incarne pour elle la suffisance. Le bec souligne l’importance de la parole, méprisante, de la part de ces drôles et sombres oiseaux qui vivent ou ont vécu auprès d’elle : son patron, son ex-mari, tous deux collectionneurs d’armes, mais surtout le plus féroce de tous et qui n’est pas mentionné : sa mère. Le dire avec des fleurs n’est pas le genre de cette dernière qui a plutôt celui de tirer à vue sur sa fille. Une mère “carabinée”. Tirer sur les geais revient alors à abattre les “j’ai”, souffert, subi, encaissé. L’apprentissage du tir à la carabine vise à acquérir les aptitudes d’un état plus féroce et à retrouver l’assurance qu’elle avait étant jeune. “Pourquoi tu leur dis rien” est une réflexion récurrente dans la vie comme dans le rêve. Fêter l’anniversaire, c’est honorer un nouveau cycle. Les fleurs valorisent l’épanouissement, la féminité. Ces espoirs fanés sont destinés à se faire un sang neuf. Elle a des problèmes de peau et de sang, un manque de fer, conséquences d’une vie passée auprès de personnages dominateurs. Elle entame un cycle plus défensif face aux prédateurs. Carabine est le féminin de carabin – en argot : le professionnel de santé – comme ses proches, comme elle, pharmacienne. Avant ce rêve, elle en subissait un, récurrent et jamais compris depuis l’enfance. Elle était kidnappée par un maniaque habillé de blanc. Ce rêve m’avait permis de décrypter le rôle très néfaste de la mère, déguisée ainsi par sa fille qui n’osait l’affronter ni même l’incriminer en songe ! La verbalisation induite par l’analyse onirique stoppe en trois séances les crises d’angoisse itératives depuis l’enfance - et la thérapie. Une idylle nouvelle achève la remise en état affective et offre des perspectives souriantes.
Fleurs et “tirer sur les geais” sont les augures d’une nouvelle vie où l’espoir de s’installer - comme carabine - à la tête de son officine fleurit et est l’objet de toute son espérance.
Soana KRISTEN



Psychanalyste onirocriticienne.