Politique
Pour parler comme Lamartine : “Comment le prononcer, le nom de notre amour ?”
On l’appelle “l’objet petit a”. Il semble quelque chose de très particulier à chacun et en réalité c’est quand même quelque chose qui est aimé de tout le monde, ou pour le moins de beaucoup de monde.
Quand une majorité vote pour Sarkozy, tout le monde commence à lui trouver des qualités, mais si les sondages plongent, on n’est même plus capable de construire les phrases de son éloge.
Tant il est vrai que les structures et les lois de la psychanalyse, la vraie, commencent à envahir l’ensemble de la vie humaine, personnelle ou civile.
Alors pour parler comme Françoise Dolto : “ce qui va se vérifiant”, c’est que, dans tous les pays civilisés ou prétendus tels, les grandes élections voient les suffrages se distribuer toujours autour de 50/50. La petite différence qui fait le résultat de l’élection provenant des dissensions internes de l’une ou de l’autre partie.
Ségolène ayant installé Nicolas, on se bat maintenant pour savoir qui l’on doit charger de reconduire Nicolas pour une deuxième fois. On ne peut pas battre aux élections quelqu’un qui est déjà au pouvoir, surtout si c’est un homme averti, attentif et instruit. Ou alors il y faut une force électorale considérable, ce qui est loin d’être le cas.
“Méfiez-vous de Lacan, disait le père Pohier, il n’est pas seulement génial, il est malin.” On peut presque en dire autant de Sarkozy, et c’était déjà comme ça du temps de De Gaulle. Ce militaire autodidacte sorti de Saint-Cyr avait une instruction générale infiniment plus vaste que l’universitaire Lecanuet, licencié ou peut-être même agrégé de philosophie, qui appartenait plutôt à la catégorie de ce que Lacan appelait si bien : “l’ignorance diplômée”, tout comme ses descendants actuels, directs ou indirects, virtuels ou réels.
On ne peut, de nos jours, gouverner la France sans une instruction réelle et à la page.
Les pouvoirs s’imaginent généralement que l’agressivité contre eux provient “de la frustration des fantasmes des sujets” (Lacan, Ecrits, p. 249). Sarko, au contraire, sait bien que maintenant il faut plutôt leur dire : “Je vous demande de me refuser ce que je pourrais vous offrir, parce que ce n’est pas ça” - le public réagit alors favorablement, en se disant : “Il ne nous méprise pas, il nous estime.” Il en arrive même à penser que c’est grâce à lui que “la crise” se passe moins mal en France qu’ailleurs.
La première fois, il a gagné en s’appuyant - contradictoirement - sur l’argent et le prolétariat. La deuxième fois, il est capable de gagner en s’appuyant ouvertement sur les scientifiques et les religieux conjoints.
On verra ostensiblement cet ancien ministre de l’Intérieur, de réputation dure, se faire publiquement champion de ce qu’on appelle “la bonté”. “Nihil enim popularius quam bonitas” - il n’y a en effet rien de plus populaire que la bonté. L’indication est antique et toujours efficace.
Parce que c’est le seul moyen de conférer à l’Europe une autorité encore accrue et un prestige international.
Stéphane DI VITTORIO
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