L'efficacité de l'aromathérapie n'est plus à démontrer
17-11-2007-Lettre ouverte du Dr Hervé Staub à à Madame Roselyne BACHELOT, Ministre de la Santé Il y a quelques mois, le Docteur Jean-Michel MOREL vous envoyait une lettre dans laquelle il vous faisait part de ses inquiétudes concernant le remboursement des préparations de phytothérapie et de l'avenir de la phytothérapie en général.
L'objet de mon courrier rejoint celui du Docteur Morel mais concerne plus particulièrement une branche majeure de la phytothérapie, à savoir l'aromathérapie. Celle-ci est évidemment marquée de la même façon par les mesures de déremboursement et en subira tous les inconvénients, touchant du même coup l'ensemble des usagers.
L'histoire de l'aromathérapie est très ancienne et l'usage des huiles essentielles remonte à plusieurs millénaires, mais nos ancêtres en avaient une connaissance empirique ne reposant sur aucune base scientifique. Grâce à des pionniers comme Henri Leclerc, médecin de l'Etat Major du maréchal Foch, René M. Gattefossé, les professeurs Léon Binet, René Paris et Pierre Delaveau, ainsi que le docteur Jean Valnet, la phyto-aromathérapie scientifique a pu voir le jour et acquérir ses lettres de noblesse. D'autres chercheurs pharmaciens, biologistes et médecins ont poursuivi et approfondi les travaux de leurs prédécesseurs.
En Europe et dans le monde entier, de plus en plus de centres de recherches, associés aux facultés de pharmacie, travaillent sur les essences et les huiles essentielles, précisant leur composition moléculaire et mettant en évidence leurs remarquables, ainsi que puissantes propriétés curatrices, dans la plupart des domaines de la pathologie. Régulièrement des colloques et des symposiums réunissent les chercheurs et les praticiens, afin de mettre en commun les résultats de leurs travaux. Sur tous ces acquis scientifiques, un enseignement s'est développé à l'échelle mondiale, dans un cadre universitaire, surtout au sein de facultés de pharmacie et plus rarement de médecine. Faut-il rappeler qu'en France cet enseignement, quasiment ignoré des professionnels de santé, reste encore beaucoup trop limité et réservé uniquement à quelques facultés de pharmacie, la médecine semblant l'exclure totalement, ce qui est regrettable.
A l'heure où les médicaments de synthèse provoquent de plus en plus d'effets secondaires pernicieux, mettant en danger la vie des patients et où la résistance aux antibiotiques se développe de façon inquiétante, les huiles essentielles constituent des remèdes d'une efficacité remarquable, dénués d'effets secondaires et très bien tolérés lorsqu'ils sont prescrits avec discernement. Cette efficacité se manifeste dans les petites affections du quotidien évitant le recours à des médications parfois agressives, eut égard à la bénignité de la situation. Cette efficacité présente aussi tout son intérêt dans le cadre de pathologies virales et bactériennes, là où les thérapies anti-infectieuses conventionnelles sont impuissantes à rétablir la situation. Mais la puissance curative de l'aromathérapie apparaît également dans de nombreuses affections chroniques résistant souvent à des traitements lourds et onéreux dont les effets secondaires sont préjudiciables aux malades. Les huiles essentielles agissent, en effet, non seulement sur le symptôme de la maladie par action directe, mais de plus, et c'est là que réside toute leur originalité, elles permettent de rééquilibrer le terrain perturbé en soutenant les fonctions physiologiques de l'organisme humain, stimulant ainsi ses capacités d'auto guérison.
L'aromathérapie constitue un remarquable outil aussi bien curatif que préventif des maladies actuelles. Les preuves dans ce domaine ne sont plus à faire. Il s'agit là d'un avantage non négligeable à prendre en considération dans une véritable politique de prévention, telle qu'elle est préconisée dans notre pays.
Ces considérations s'appliquent aussi au problème du coût des soins et des médicaments dont vous connaissez l'impact sur le déficit de la Sécurité Sociale. En ayant recours aux effets préventifs de l'aromathérapie et de l'approche holistique du patient qu'elle implique, mais aussi à sa puissance curative, raccourcissant la durée de prise en charge de l'affection, les pouvoirs publics disposent d'un moyen efficace pour réduire considérablement les dépenses de santé.
Grâce à la phyto-aromathérapie, le monde médical dispose d'un atout considérable, largement sous exploité quand il n'est pas méprisé, voir combattu par un certain courant de pensée. Certes, les huiles essentielles, comme les plantes en général, ne peuvent être brevetées par l'industrie et ne représentent donc pas d'intérêt économique. Est-ce une raison pour reléguer ces trésors de la nature aux oubliettes, ou est-ce la peur de les voir concurrencer les produits de synthèse ? J'ose espérer toutefois que les intérêts sanitaires des usagers priment ceux des actionnaires de la pharmaco-chimie.
Pourquoi négliger une thérapie qui, loin de s'opposer aux traitements conventionnels, viendrait, au contraire, les soutenir et les renforcer ? Encore faudrait-il développer, au sein des facultés de médecine et de pharmacie, un enseignement structuré de la phyto-aromathérapie et le généraliser à l'ensemble des centres universitaires du pays. Cette voie constituerait aussi un moyen de ne plus considérer avec méfiance ou mépris une médecine complémentaire destinée à potentialiser celle enseignée couramment en faculté. Les pouvoirs publics ne doivent pas oublier que les médecins et pharmaciens, utilisant la phyto-aromathérapie, ont tous été formés aux thérapies conventionnelles et possèdent, par conséquent, une vision beaucoup plus globale des pathologies et de leur prise en charge, leur apportant ainsi une plus grande efficacité dans leurs soins.
Vous êtes, Madame la Ministre, en raison non seulement de votre formation universitaire, mais aussi des responsabilités que vous déteniez déjà dans des gouvernements précédents, particulièrement habilitée à comprendre l'importance de ce message qui concerne aussi bien la santé de l'environnement collectif que celle de chaque citoyen.
En espérant que cette lettre recevra de votre part un accueil favorable, recevez, Madame la Ministre, l'expression de ma très haute considération.
Dr Hervé STAUB
Hervé STAUB est médecin généraliste, phyto-aromathérapeute, chargé de cours au DU de phyto-aromathérapie de la faculté de médecine et de pharmacie de Besançon; ancien chargé de cours à la faculté de médecine et de pharmacie de Bobigny et de Lille.
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